Nous pouvons montrer que l’univers ne peut exister sans vibrations. Cela est aussi valable pour la vie psychologique et sentimentale.
Invitation
Solennellement je t’invite à un voyage d’amour.
Dans une minute, dans une seconde le départ sera donné. Je t’y invite. Je te convie à partir, à inaugurer la vie. Je t’invite à délaisser derrière toi les villes tristes, aux coutumes et façons dorées, mesquines : pour prétendre à un “poste” d’amant il faut être Ingénieur…
Je t’invite à partir tout de suite. Inutiles sont les billets et l’attente inexistante car des doigts entrelacés et des coeurs non solitaires sont les seules formalités du voyage. Mais, si nécessaire, je deviendrai le vendeur de billets. Pourtant je n’oublierai pas de rester ton unique compagnon et aussi le conducteur afin que personne, personne ne puisse s’ingérer dans notre histoire.
Les billets peuvent être des lettres d’amour et le train une petite maison mais sûrement chaque gare un baiser ardent jalonnant la vie.
Je t’invite à partir sur-le-champ.
Tu peux venir sur tes talons hauts afin que je sois encore plus frappé par ta silhouette. Mais, si trop hâtive, viens les pieds nus. Je les réchaufferai de la chaleur de ma passion.
Tu peux mettre aux lèvres un rouge très rouge comme pour une grande soirée. Tu peux te poudrer rose aux joues, tisser sur la robe le scintillement des étoiles. Mais, si trop hâtive, laisse les lèvres décolorées, les cheveux libres au vent : peu nous importe. Car le voyage débutera dans la nuit. Je ne verrai pas la pâleur de tes joues, trop accaparé moi-même par toi au fond de tes yeux.
Je serai pressé moi aussi. Mes seuls bagages seront des bras pour te serrer, des yeux pour un bavardage silencieux et des lèvres pour la semaille de baisers sur ton front.
Viens tout de suite.
Afin qu’aux caresses de tes joues mes mains puissent effacer leur ligne de coeur malheureux.
Viens tout de suite.
Viens tout de suite pour qu’enfin le voyage commence, que le vent gonfle tes cheveux, qu’une haleine enivrante s’exhale de tes lèvres, qu’avec hâte je puisse me perdre dans le charme infini de ton corps et de ton existence…
(Adapté du poème Mời de Nguyên Sa)
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Jeux d’Amour
Sans toi, qui donc me reconduira chez moi à la nuit tombante,
Qui donc m’écrira des lettres que j’emporterai dans la classe ?
Qui donc m’essuiera les yeux lorsque je voudrai pleurer
Et m’emmènera en promenade dans la bruine du soir ?
Lorsque je rirai dans l’ombre profonde,
Qui donc appréciera mes fines dents blanches
Et mes yeux brillants pareils à des planètes lointaines ?
Qui trouera de son haleine la brume laiteuse ?
Qui me prendra la main et fera monter la rougeur à mes pommettes ?
Qui exhalera légèrement afin que des nuages s’empêtrent dans mes cheveux ?
Sans toi, si jamais je pleure vraiment,
La mélancolique couleur d’automne dans mes yeux se diluera
Et mes cheveux s’allongeront en douce tristesse,
Sans toi, qui est-ce qui les caressera ?
Sans toi, qui rira dans son regard en m’écoutant parler des vents d’automne ?
Qui amènera le printemps en me serrant bien fort
Afin qu’à l’écoute des battements de mes veines j’entende se déployer les bourgeons printaniers ?
Sans toi, si jamais je meurs demain,
Le Ciel te demandera :
“Pourquoi ces cheveux en pleurs
Et ces mains étiolées
Et ce regard fané… ?”
Tu courberas la tête dans ton entrée en Enfer…
(Adapté du poème “Cần Thiết” de Nguyên Sa)
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Pour apprécier le texte qui suit, il faut être capable de lire du vietnamien !
Thư cho Nga,
Trong những ngày dưỡng bệnh
trên triền dãy núi Alpes.
Có những tảng sáng, khi sương mù còn chập chờn, óng ả trên sườn núi, anh khoác áo blouson, thọc tay vào túi quần jean muôn thuở, rồi men theo đường núi, với những dốc cao, những mõm đá ngất trời, mà đi tìm mùa xuân. Vì mùa xuân đang tới, khí trời đã trở thành ấm áp, lớp tuyết trắng đã lui vào quá khứ đến cả mấy tuần rồi. Những cụm hoa vàng mong manh đã nẩy lên từ những kẻ đá, những tiếng chim kêu đã rộn ràng hơn, sương lạnh không còn nhỏ giọt từ những cành đen thẫm nước nữa.
Anh vừa đi vừa huýt sáo tưng bừng, vừa nheo mắt nhìn theo những cụm mây đang tha thướt lượn dài trước mặt. Sao thung lũng này sâu đến thế ! Nghiêng người lặng nhìn, chỉ nghe vang vọng tiếng róc rách của suối núi và ngửi thoang thoảng mùi hương đất ngọt ngào. Còn vách đá này nữa, dựng đứng lên, chạy thẳng lên trời, thành bức tường đen chơi vơi giữa màu xanh thẳm, với vài nét hoa lá phớt đó đây.
Anh ngồi bệt xuống nền đất thoai thoải, mò mẫn tìm con giun cái kiến mãi chẳng có, chỉ cảm thấy gió lạnh luồn nhẹ qua những lọn tóc và làm ngả nghiêng những sợi cỏ trắng vừa chui lên. In bóng đen trên nền trời sáng chói là những cành cây trơ trụi và mảnh khảnh, um tùm như những rễ cây mọc ngược. Mai này, những chồi dài như từng bó đũa, những búp, nụ căng đầy đó sẽ mở ra thành lá, thành hoa, thành màu xanh yêu kiều biết nhịp nhàng chao mình theo hơi gió.
Ngả người nằm xuống, trước khi khép mi lại vì chóa mắt, anh còn thấy mây trắng sà gần lại, để sự ve vuốt của gió trên làn da mặt như có pha lẫn nét mềm mại của bàn tay mây… Khi mắt nhắm lại, tiếng chim như vụt gần bên tai, với mùi hương mát lạnh của đá, với tiếng rì rào xa vắng của rừng thông, với tiếng máy xe vọng lại, trầm ấm như một đàn ong ru bay…
Rồi lững lờ trong thời gian trôi, rồi vói tay bứt một cọng cỏ để vị cay nồng thơm lừng trong miệng, rồi hé mắt đăm đăm nhìn thẳng vào trời xanh, trời xanh, trời xanh…
Nguyên Tiến
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A Dolorès,
Tu es venue dans ma vie, pareille à une clarté subite
Je scrutais dans les étoiles la splendeur d’une rencontre tant attendue
Tu es venue avec une figure d’ange
Et un coeur déjà occupé et meurtri
Un regard immense dans lequel je me noyais
Et où j’ai découvert
Le reflet de mon propre désespoir et le palpitement d’une âme de glace
Puis ces douces lèvres
Ces douces lèvres que les miennes quittaient en se déchirant
De douces lèvres qui ont prononcé des mots pour faire marcher
Qui dressaient leur rempart de paroles
Protégeant un coeur malheureux que je voulais atteindre
Où est donc la vérité ?
Puissé-je la connaître et m’en aller tranquille
Avec cette certitude que pour toi je ne suis rien
Rien qu’un vagabond parmi tant d’autres
A qui l’on raconte de bonnes paroles
Afin qu’il aille mourir plus loin
Tout doucement
Dans son coin
Sans gêner personne
Surtout pas les gens qui ont choisi leur chemin sur cette Terre
Et qui y sont accrochés
Je prends mon coeur à pleine main et je le regarde
Me demandant pourquoi il t’aime
A palpiter ainsi en silence
Comme un oiseau blessé qui ne se plaint plus
Etalé dans la poussière
Les ailes écartées
Sous les pas indifférents des passants.
Lorsque dans un autre monde je pourrai de nouveau marcher sur la grève
nocturne
Tout seul
A calmer ma douleur
Dans l’air salé et le scintillement des vagues
Lorsque je pourrai de nouveau errer le long des sentes profondes
Tout seul
A m’imprégner mélancoliquement d’ombre et de parfum de la nuit
Je reverrai ton visage
En face de moi
Je me souviendrai
Que tu existes
Et que je t’ai perdue…
Nguyên Tiến
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Lettre de la nuit
Lorsqu’au petit matin les vents de la nuit auront bien soufflé
Et bien secoué les branches,
Je descendrai dans le jardin
Pour écouter
Des bandes de moineaux bruyants
Se disputer
Parmi les blanches taches de pétales
Semées dans les sombres massifs penchés,
Je ramasserai
Et ferai craquer
Sans tristesse
De vieilles brindilles luisantes de pluie,
Je marcherai sur la terre souple et noire
Revêtue de son herbe mouillée,
J’arrangerai les dernières fleurs
Du vieux rosier grimpant,
J’entasserai
Les feuilles brunes et collantes
Avec le rateau froid et rouillé,
Puis j’irai m’asseoir
Sur la margelle du puits,
L’âme légère,
A regarder s’illuminer bientôt mon monde
Et sentir mon coeur se redéployer
Délicatement, pourtant avec énergie et hâte,
Hâte d’un adolescent à la rencontre éperdue de son amour,
Amour renaissant et ré-insufflant la vie,
Car tu es le soleil de printemps nouvellement levé
Sur mon vieux jardin d’automne,
O Edha ma tendre chérie.
Nguyên Tiến
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A une morte
En ce début de printemps, ensemble nous allions visiter la pagode
Le soleil tremblotait sur le jardin
Les longues herbes d’or rampaient, timides, sous le vent
Et un léger papillon glissait sur la rivière.
L’été passait lorsqu’ensemble nous allions à la pagode
Des pêches exquises se balançaient sur le coteau
Du brûleur s’envolaient de bleues volutes d’encens
Qui ondoyaient autour de ta chevelure.
Puis vint l’automne lorsque nous revenions à la pagode
Un oiseau sous le clocher
Envoyait son chant dans la brume du matin
Et la bise chassait les feuilles brunes tournoyantes.
L’hiver se présenta avec notre visite à la pagode
La pluie passait, poussée par le vent
Dans la cour se brisaient des branches desséchées
Sur des écorces noires frémissaient de maigres orchidées tardives.
L’hiver est passé. Me voici chancelant sur le seuil de la pagode
Je te reconduis dans ce cercueil
Les bosquets en fleurs ploient sous les souvenirs
Oh ta chevelure d’antan était souple comme des nuages
Voici le jardin et la terre dans laquelle tu coucheras
Te mêlant aux buissons de fleurs jaunes
Parmi les pêchers odorants volète le papillon égaré
Voici ta tombe que nous venons emplir
Le triste ruisseau murmure à l’oiseau en pleurs dans les feuillages.
Désormais, dans cette cour déserte, j’irai te voir afin que passe le temps
Chérie, un bouton d’or vient de s’épanouir dans le soleil
Et un nuage blanc vient de nager à travers la rivière.
(Adapté d’un poème de Phạm Thiên Thư mis en musique par Phạm Duy)


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